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"La CFE-CGC Stellantis veut une répartition des richesses plus juste"

Négociations salariales, transformation de l’entreprise et gestion des compétences : délégué syndical central CFE-CGC de l’entité PSA, Anh-Quan Nguyen fait le point sur l’actualité sociale chez le constructeur automobile.

Quelle est la dynamique de la section CFE-CGC du groupe Stellantis, issu de la fusion, en janvier 2021, de Peugeot-Citroën et de Fiat-Chrysler ?

À titre personnel, je suis, au sein de ce nébuleux conglomérat qu’est aujourd’hui Stellantis, délégué syndical central CFE-CGC pour l’entité PSA Automobiles (environ 40 000 salariés en France). Lors des dernières élections professionnelles de 2019, la CFE-CGC, avec 18,1 % de représentativité, est devenue la deuxième organisation syndicale chez PSA, doublant la CGT. Nous sommes actuellement au milieu du nouveau cycle électoral qui a débuté en avril 2022 et qui s’achèvera au printemps 2023, avec l’objectif de demeurer la seconde force syndicale dans l’entreprise.

En termes de développement, la tendance est favorable. Grâce au travail de nos militants, la section CFE-CGC a poursuivi sa croissance durant la crise sanitaire avec une progression de l’ordre de 15 % du nombre d’adhérents. Nous avons notamment mis en place un vaste réseau de diffusion d’informations permettant par exemple de communiquer, avec leur accord, auprès de 2 000 des 4 500 salariés du site francilien de Vélizy (Yvelines).

Quel est le climat social dans l’entreprise ?

Près de deux ans après la création de Stellantis, les conséquences sociales ne sont pas neutres du tout pour les salariés français, de plus en plus sous pression sous l’effet des diverses réorganisations. Jusqu’en janvier 2021, toutes les décisions stratégiques et de gouvernance étaient prises au siège, sur le site de Poissy (Yvelines). Avec le nouveau conglomérat, le conseil d’administration se trouve désormais à Amsterdam (Pays-Bas) et l’actionnariat est éclaté entre la famille italienne Agnelli et les États-Unis, le pays qui abrite le plus de salariés devant le Brésil, la France et l’Italie. Tout cela crée des luttes de pouvoir qui ont des impacts sur les instances de dialogue social. Nous déplorons en particulier des manquements réguliers quant au respect de l'information-consultation des représentants du personnels.

Le mois dernier, les usines Stellantis en France ont connu des mouvements de grève pour un meilleur partage de la valeur. Quelle est la situation ?

Les dernières négociations annuelles obligatoires (NAO), en février 2022, dans un contexte déjà marqué par la progression de l’inflation, s’étaient soldées par un PV de désaccord : les syndicats, dont la CFE-CGC, n’ont pas signé le texte unilatéral alors que la direction ne souhaitait pas aller au-delà de 2,8 % concernant les augmentations générales.

Ensuite, l’annonce, fin juillet, des profits exceptionnels de Stellantis au premier semestre (8 milliards d’euros de bénéfice net) a interpelé la CFE-CGC sur une nécessaire plus juste répartition des richesses produites. Après une pression de l'ensemble des organisations syndicales, la direction a accepté d’ouvrir une négociation sur la protection du pouvoir d’achat, en proposant une prime de 1 000 euros aux salariés gagnant jusqu’à deux fois le Smic, de 500 euros pour ceux touchant plus de deux fois le Smic, et la possibilité pour tous les salariés de monétiser jusqu’à 3 jours de RTT. Ces propositions sont nettement insuffisantes et la tension est montée chez les salariés. Toutes les usines ont débrayé avec des mouvements de grève. La CFE-CGC, pour sa part, n’a pas donné de telles consignes car nous représentons l’encadrement dont une partie gère l’outil de production.

Où en est-on et quelles sont les revendications de la CFE-CGC ?

Les organisations syndicales maintiennent la pression et la direction a accepté d’anticiper les prochaines NAO, programmées en décembre. L’attente est forte : il s’agit de gommer la perte de pouvoir d’achat induite par le niveau de l’inflation. La CFE-CGC fera valoir ses revendications dont des augmentations générales minimales de 6,8 à 7 %. Nous serons aussi mobilisés pour la rémunération des cadres car la politique salariale mise en place par Stellantis fait qu’ils ne sont pas concernés par les augmentations générales. Toutefois, grâce aux actions de la CFE-CGC, tous les cadres bénéficient depuis 2016 d’une part variable qui peut être assez importante.  

Outre le pouvoir d’achat, quels sont les grands sujets de l’agenda social ?

Il s’agit principalement du projet de transformation de l’entreprise, de l’externalisation des activités, de l’optimisation des effectifs et de tous les impacts sur la charge des activités industrielles et de R&D en France à moyen et long terme. Avec son projet « white collar », Stellantis veut diminuer en moyenne de 15 % les effectifs de cols blancs dans les usines. C’est énorme et cela génère une forte pression sur le personnel. Nous serons très attentifs aux évolutions des compétences internes requises pour soutenir tous ces objectifs car l’enjeu, pour les salariés, est leur employabilité ces prochaines années.

Propos recueillis par Mathieu Bahuet